Bien que relevant du XVIIe siècle, la biographie de Caterina Ginnasi est très lacunaire et reprend plutôt le schéma moyenâgeux des religieuses qui ne laissèrent que quelques traces dans les couvents. Rattachée à un homme, Caterina Ginnasi ne garda pas moins une certaine indépendance. Son charisme s’exerce en tant que responsable d’une congrégation religieuse et non en tant que peintre. Son père était avocat. Orpheline dès son plus jeune âge, elle fut placée sous la tutelle de son oncle le Cardinal Domenico Ginnasi qui, très vite, lui arrangea un mariage avec un cousin. Elle refusa cette mésalliance et fit le choix du célibat comme sa contemporaine Giovanna Garzoni. Elle exerça son pinceau auprès de Gaspare Celio (1571-1640), peintre romain de toiles religieuses, avant de poursuivre avec Giovanni Lanfranco (1582-1647), fresquiste et peintre de tableaux d’autel dans le style baroque. Caterina Ginnasi n’est connue que pour ses tableaux d’autel dont il ne reste plus aucune trace aujourd’hui :

-           « Le Martyr de Sainte Lucie » et une « Cène » pour l’église Santa Lucia alle botteghe oscure, commandes passées sous l’entremise de son oncle qui, comme on le constate, encourageait cette activité picturale. L’église fut construite sous l’égide du cardinal qui s’empressa de commander des tableaux d’autel à sa nièce. L’église est aujourd’hui détruite. Sainte Lucie, à gauche, est représentée les mains jointes en prière tandis que le tyran est assis sur son trône et un serviteur remplit une coquille afin de verser l’eau sur la tête de la sainte. À droite, l’évêque Biagio touche la gorge d’un enfant de de plusieurs femmes ; c’est le portrait du cardinal Ginnasi. On voit ici les limites de Caterina Ginnasi qui avait peu de modèles. Au-dessus de l’autel, une Cène et une petite Madone dans un « tondo ».

-          Un « Ange gardien » qu’elle offrit à l’église de l’Angelo Custode. Un ange conduit un enfant vers le chemin du Paradis, l’éloignant ainsi de l’enfer.

-          Une « Sainte Catherine d’Alexandrie », une « Assomption », un « San Michele Arcangelo » et une « Madone avec les quatre saints protecteurs de Velletri » répertoriées le 17 mars 1639 dans le testament du cardinal. Ces tableaux appartenaient par conséquent au cardinal et étaient probablement des présents de sa nièce dont on ne connaît pas la facture et s’ils dataient de ses débuts en tant qu’apprentie.

-          Un « Portrait du cardinal Ginnasi ».

-          Une « Nativité » et une « Pietà » apparus dans la collection des Pio de Savoie (XVIII).

À la mort de son oncle, elle rentra au couvent familial sis au Palais Ginnasi dont elle prit la tête. Elle mourut à l’âge de 70 ans. Une épitaphe loue cette mère et vierge charitable et vertueuse.

 

Elle apparaît dans les biographies de Giovanni Battista Passeri qui, dès les premières lignes, annonce qu’elle s’exerça dans un art difficile, la peinture. Comme toutes les artistes de cette époque, elle est immédiatement rattachée à un homme : à son oncle du côté privé ; à son maître Gaspare Celio du côté pictural. Passeri prête des intentions intéressées à Gaspare Celio qui serait attiré par les faveurs du cardinal. Cela n’empêcha pas Caterina Ginnasi de se montrer douée et de délaisser l’aiguille et le fuseau pour se consacrer à la peinture. On a une masculinisation, un changement de comportement sexuel presque obligatoire pour prétendre peindre comme les hommes. Passeri réfère un apprentissage académique, rigoureux et logique : dessin, coloris, copie puis commande d’un tableau à thématique religieuse. À la mort de Celio, son oncle pria Giovanni Lanfranco de la prendre sous son aile. Le style de Lanfranco étant totalement différent de son prédécesseur, Caterina Ginnasi dut s’adapter, ce qu’elle fit merveilleusement selon Passeri. Elle adopta donc le style de Lanfranco et si l’on se fie aux œuvres de ce dernier, ce style était baroque, tout en contrastes et empreint d’émotion. En 1638, elle est rattachée à l’Académie Saint Luc et en 1696 son nom s’affiche à côté de 15 autres femmes[1]. Lanfranco partit pour Naples, le cardinal mourut, Caterina Ginnasi dut donc gérer sa vie et son héritage patrimonial seule. À la demande de son oncle, elle transforma donc le palais Ginnasi en couvent du Corpus Domini (la rapprochant en quelque sorte de Caterina Vigri) dont elle prit la tête. Cette transformation la protégeait des critiques et lui permettait de justifier un statut de célibataire. Elle n’abandonna pas la peinture pour autant, faisant de sa passion l’occasion d’orner les murs de son monastère. Si ses premières commandes émanaient du contexte familial, les tableaux d’autel exécutés après la mort du cardinal relèvent plus du dilettantisme et restent confinés dans des murs privés. Elle prit le voile à la fin de sa vie, abandonnant toute activité picturale et menant une vie simple et modeste. Après avoir pris froid, elle mourut à l’âge de 70 ans, le 30 novembre 1660 et fut enterrée entre son oncle et sa mère dans la chapelle de son église.

 



[1] Laura Marescotti, Anna Maria Vaiani, Elisabetta Sirani, Lavinia Fontana, Giovanna Garzoni, Giustiniana Guidotti, Isabella Parasoli, Plautilla Bricci, Hippolita de Biagi, Madalena Corvini, Lucia Neri, Teresa del Po, Virginia di Vezzo da Velletri, Maria Rospigliosi, Teresa Raimondi Velli.