arton223-551eaPlautilla Bricci, redécouverte récemment, bénéficie d’un appareil critique certes restreint, mais livrant des éléments intéressants et inédits sur son travail d’architecte. Née à Rome en 1616 dans un milieu sans grande surprise artistique, elle se forma auprès de son père peintre et musicien. Son entourage direct était érudit et pluridisciplinaire. Sa formation picturale est entérinée par sa présence dans l’atelier paternel, tandis que ses connaissances architecturales ne sont pas documentées. Il y a une part d’autodidaxie très certainement, comme bon nombre de ses contemporaines. Le réseau féminin est important à l’époque, car elle rencontre l’abbé Elpidio Benedetti, partageant lui-même des liens étroits avec le cardinal Mazarin et le Roi de France, par l’intermédiaire de son amie Maria Eufrasia della Croce sœur d’E. Benedetti. Celui qui devient son protecteur et mécène lui confie le projet de sa villa en 1663. Avant cette date, on lui connaît seulement une activité picturale dont les motifs sont exclusivement sacrés. 1663 est donc un tournant professionnel pour Plautilla Bricci qui devient la première femme architecte. Elle réalise les plans de la villa « vaisseau » (image) de par sa forme avec son frère, même si les documents d’archives la positionnent bien en tant que « chef de chantier ». Elle projette donc le bâtiment et participe à sa décoration intérieure. Ce pan civil de sa carrière précède une commande religieuse, car on lui confie la décoration de la chapelle de l’église romaine Saint Louis des Français. L’Académie de Saint Luc lui prête bien les deux activités : « architectura et pictura celebris », tandis que la fin de sa vie reste floue ; certains historiens du XIXe siècle affirment qu’elle entra au couvent et y mourut en 1700. Rattachée comme ses consœurs à un ou plusieurs hommes (ici père, frère, mécène), elle est parfois éclipsée derrière des noms masculins plus prestigieux qui lui volent la vedette en recevant une rétribution supérieure (le plafond de verre fonctionne avec le stuc !). Elle en était très certainement consciente, car ses toiles portent sa signature avec la mention « invenit » qui la place du côté de la création, la créativité étant une qualité fondamentale de l’architecte et la condition pour se démarquer.