Si les magiciennes sont nommées (Alcina, Morgana, Médée, Circée), les femmes accusées de sorcellerie diabolique aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles restent anonymes jusqu’à ce qu’elles soient dénoncées et que leur identité soit déclinée dans les procès pour sorcellerie. Dans ces mêmes procès, plusieurs paramètres sont motifs d’accusation et parmi ceux-ci le corps de la sorcière sur lequel se trouvent les stigmates révélateurs de son appartenance à l’engeance démoniaque. La magicienne relève plus de la mythologie, de la fiction, tandis que la sorcière diabolique appartient à une réalité paysanne. Le corps de la sorcière moderne est présenté par les démonologues comme un corps hors norme puisqu’il reflète des actions transgressives et marginales. Quelles sont alors les représentations physiques de la sorcière et de la magicienne ? La première est souvent laide et âgée tandis que la seconde est jeune et belle, mais cette polarisation n’est pas systématique. Leur apparence change au fil des siècles et se juxtapose aux changements sociétaux. Le corps se fait miroir du monde ; le rapport entre société et corporalité prend ici tout son sens et met en lumière le paradoxe du corps féminin, victime de conceptions misogynes héritées de l’Ève pécheresse. Sorcières et magiciennes  sont des « hommasses », des « viragos » qui bouleversent les codes archétypaux de la société patriarcale. La sorcière et la magicienne remettent en question la hiérarchisation des sexes et contribuent à diffuser une peur du corps féminin méconnu des hommes scientifiques. La représentation du corps de la sorcière et de la magicienne – décrié et condamné ou élevé et idéalisé – présente dans tous les types de discours se révèle être profondément liée à l’histoire de la construction et de l’affirmation du pouvoir.

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