tous les livres sur Babelio.com

La femme nue se chaussant simplement de mules rouges et illustrant la couverture du Baiser de Sophie Brocas préfigure déjà l’élégance artistique de la plume de l’auteure. Il est en effet question d’art dans ce roman dont le socle repose essentiellement sur une sculpture de Brancusi ornant la tombe d’une jeune aristocrate russe qui s’est donné la mort. Il y a d’un côté, l’histoire romanesque incarnée par Tania en 1910 et Camille aujourd’hui, puis d’un autre côté l’aspect plus palpable du devenir des œuvres d’art. La première protagoniste, Tania, cherche à s’extraire de sa condition de femme aristocrate dont le destin est d’épouser un beau parti et d’embrasser le système huilé des mondanités. Elle accède tant bien que mal aux études de médecine, mais découvre le milieu des artistes qui lui apparaît bien plus passionnant. La fougue de la jeunesse l’emporte sur la raison quand Brancusi la prend pour modèle. La seconde protagoniste, Camille, n’a quant à elle pas de de mal à s’émanciper financièrement puisqu’elle est une avocate brillante et travaille pour un cabinet parisien très prisé. La passion est au centre de ce récit : l’amour inconditionnel, l’amour des autres, l’amour de l’art. C’est en professionnelle chevronnée que Camille se lance dans une quête qui la lie à une inconnue, certes, mais qui la changera elle et ses perspectives d’avenir. Le rythme est maintenu par une alternance narrative : Tania se livre dans son journal intime, tandis que Camille est racontée à la troisième personne. L’arrière-plan sociétal renvoie au Paris d’avant-guerre et n’est pas sans faire écho au journal tenu par l’artiste peintre Marie Bashkirtseff. Sophie Brocas sculpte son récit comme le fit autrefois l’artiste Brancusi dans un bloc de calcaire et donne l’envie d’aller jeter un œil sur ce fameux Baiser au cimetière Montparnasse (même si c’est impossible, car il est recouvert d’un caisson en bois).