Tiré de Sister, le journal du Centre des femmes de Los Angeles (juillet 1973)Fragiles ou contagieuses : le pouvoir médical et le corps des femmes (Barbara Ehrenreich, Deidre English, Paris, Cambourakis, 2016) : le titre manichéen reflète le clivage des classes sociales ; fragiles sont les bourgeoises, contagieuses sont les ouvrières et les prostituées. Les médecins ont paradoxalement mis en lumière le corps féminin tout en ignorant son fonctionnement. L’expertise médicale conclut que le corps féminin est l’antithèse du corps masculin. L’utérus est la source de tous les maux, presque une pathologie. Une pathologie d’abord physiologique (dixit les gynécologues), puis mentale (dixit Freud). La vision masculine du corps féminin est l’une des causes principales de la diabolisation de la femme. Les hommes se sont emparé de la médecine et ont diabolisé le corps féminin. Les organes génitaux de la femme seraient l’inversion de ceux masculins selon Hippocrate, Aristote et Galien. Les humeurs se répartissent également aux antipodes : l’homme est chaud, ses organes sont par conséquent à l’extérieur ; la femme est froide et ses organes invariablement à l’intérieur. Le sperme est créateur tandis que les humeurs féminines  – l’eau, le sang, le lait – sont seulement nourriciers ou maléfiques (Michelle Perrot, Mon histoire des femmes, Paris, Seuil, 2006, p. 81). Cette idée perdura jusqu’au XVIe siècle avant d’actionner le discours  "matricien" ou l’utérus pensant. Les lumières plongèrent paradoxalement la femme dans l’ombre par la publication de nombreux essais scientifiques sur le différencialisme sexuel (biologique, social et culturel).

Et aujourd'hui, qu'en est-il ? On en sait un peu plus sur le corps féminin, certes, mais de nombreux combats restent encore à mener : la contraception masculine, les violences gynécologiques entre autres.