On a souvent déploré la carence documentaire touchant les femmes artistes, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. En Italie, les biographies vasariennes regroupant les grands maîtres de la Renaissance italienne ne comportent qu’une seule biographie féminine, celle de la sculptrice Properzia de’Rossi. Pourtant, Giorgio Vasari ne censure pas les femmes, bien au contraire, il fait l’éloge de Properzia, cite d’autres noms (étendant son propos aux femmes de lettres et de sciences et couvrant la période allant de l’Antiquité au XVIe siècle). Il ponctue également son ouvrage de quelques autres femmes peintres connues (Sofonisba Anguissola) ou anonymes ("épouse de" ou "fille de"). Les recherches monographiques sont par conséquent dépendantes des critiques d’historiens, de voyageurs (grâce notamment au Grand Tour), de bribes de vie insérées dans des ouvrages biographiques, ou bien d’une fortune littéraire construite sur une période restreinte ou plus large. Cette fortune littéraire concerne plutôt les femmes à partir du XVIIe siècle. Artemisia Gentileschi ayant plutôt fait l’objet de poésies satiriques, on peut considérer Elisabetta Sirani (1638-1665) comme la première détentrice d’une large fortune littéraire (poésies, biographie, critiques de tableaux) jusqu’à la récente exposition monographique sise à Bologne. Pourtant, Elisabetta Sirani est relativement peu connue en dehors de l’enceinte bolonaise malgré sa pluridisciplinarité et une reconnaissance de ses pairs, son passage à la postérité a été éclipsé par une Artemisia plus "accrocheuse". Au XVIIIe siècle, Giulia Lama (1681-1747) subit le même sort. Peintre et poétesse, elle fut citée par ses contemporains plus pour son pinceau que pour sa plume et jouit d’une reconnaissance des voyageurs majoritairement français. Vénitienne, elle est la parfaite contemporaine de Rosalba Carriera, ce qui explique une notoriété moindre. Il va sans dire que Rosalba Carriera se démarqua par le médium (le pastel) et par son entrée à l’Académie royale française. Notre communication se propose de tenter de combler en partie cet oubli en contextualisant les œuvres de Giulia Lama et en s’appuyant sur cette paralittérature lui étant consacrée. Dans ce cadre, il sera intéressant de la rapprocher d’Elisabetta Sirani afin de mieux cerner les intentions exogènes et endogènes des critiques locaux, nationaux ou européens. Nous tenterons de répondre aux enjeux soulevés dans l’appel à communication, à savoir comment ces femmes étaient-elles désignées en leur temps, dans quelles conditions ont-elles exercé leur métier et à quel prix sont-elles connues aujourd’hui ?

Colloque international "Femmes artistes à l'âge classique" 30 mai-1er juin

Colloque international Litt&Phi 2017-2018 - " Femmes artistes à l'âge classique "

Michel Delon, Université Paris Sorbonne Guillaume Faroult, Musée du Louvre Dena Goodman, University of Michigan Huguette Krief, Université de Provence Élisabeth Lavezzi, Université Rennes II Christophe Martin, Université Paris SorbonneMadeleine Pinault Sorensen, Musée du Louvre Catriona Seth, University of Oxford, All Souls College Richard Wrigley, University of Nottingham

https://cslf.parisnanterre.fr