Le 10 mars 1914, la suffragette Mary Richardson, ulcérée de voir tous les regards concupiscents des hommes sur ce corps offert, lacéra la Vénus au miroir de Vélasquez avec une hachette. Ce geste iconoclaste marque un tournant décisif dans l’appréhension du corps féminin dans l’art trop souvent exposé de manière lascive. Le féminisme artistique se met en place parallèlement au féminisme social après la Seconde Guerre mondiale. En 1949, la publication du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir fait scandale. Les années 1960 apportent un changement radical pour ce qui est du rôle des femmes, et plus particulièrement celui des femmes artistes. Se constituent alors des groupes féministes, revendiquant la place des femmes dans la société.

            Prenant de nombreuses initiatives en matière d’art, les féministes fondent notamment des revues et des journaux. En 1970, le Los Angeles County Museum organise une exposition intitulée « Art and technology » où ne figure aucune femme. La réaction que provoque cette absence injustifiée est telle que sept ans plus tard, l’artiste américaine Judy Chicago élabore une installation intitulée The Dinner Party, sorte de fête imaginaire à laquelle  participent les grandes dames de l’histoire, de la déesse primitive à Virginia Woolf. Trente-neuf couverts sont préparés pour autant de femmes célèbres. Avec cette installation, on comprend que l’idée même de l’art a pris également un autre tournant, proposant désormais des performances, des actions sur la nature – le Land Art – ou bien sur son propre corps – le Body Art.

            Dans les années 1980, des artistes préfèrent défier les hommes en se regroupant sous des slogans provocateurs. C’est le cas des Guerilla Girls, un groupe de femmes artistes, écrivains et metteurs en scène, qui au moyen d’affiches, d’apparitions publiques et de manifestations, sèment la panique dans le monde de l’art américain avec leurs minijupes, bas à mailles, talons aiguilles et masques de gorille, prônant l’égalité des sexes sous un slogan non dénué d’humour : « Les femmes doivent-elles être nues pour avoir leur place au Metropolitan Museum ? ». La communication se propose de retracer les actions brèves de groupuscules de femmes et d’artistes femmes dont le message est soit clairement féministe et engagé, soit une réaction contre la surexposition du corps féminin en tant que sculpture callipyge.