D'Affry-Bianca_capelloAdèle d’Affry, duchesse de Castiglione-Colonna (1836-1879) a choisi un nom d’artiste masculin pour ses sculptures (ici buste de Bianca Capello conservé au MBA de Marseille) : MARCELLO. L’origine de sa carrière artistique est somme toute relativement féminine si l’on tient compte des écrits associant le domaine des sentiments et des émotions à l’univers féminin et domestique depuis la nuit des temps. En effet, veuve la même année que son mariage, la duchesse sculpta le buste de son défunt mari pour le faire « revivre » sous ses mains. Cette anecdote n’est pas sans faire écho à la création du dessin et de la sculpture attribuée à une femme malheureuse en amour dans l’Histoire Naturelle de Pline l’Ancien : à Corinthe, la fille de Butadès aurait dessiné les contours de l’ombre de l’homme qu’elle aimait sur un mur tandis qu’il s’éloignait ; son père aurait alors modelé son buste en argile. Si l’amour marqua les débuts de Marcello, c’est la passion de l’art qui lui permit de se faire reconnaître dans les Salons, notamment par l’impératrice Eugénie. Si l’expression sentimentale est l’apanage des femmes, celui de l’art de manier le burin et de sculpter le marbre a longtemps été celui des hommes ainsi que l’attribut de la force et de la virilité. La poussière de marbre et le travail acharné ont eu raison d’Adèle d’Affry alias Marcello affaiblie par une tuberculose. Cette mort due en partie à un excès de travail et à la manipulation de produits toxiques n’est pas sans rappeler celles d’Elisabetta Sirani au XVIIe siècle au plus tardivement celle de Niki de Saint Phalle.