Les Galeries nationales du Grand Palais mettent à l'honneur Niki de Saint-Phalle (1930-2002) jusqu'au 2 février 2015. La scénographie est grandiose et les différentes phases artistiques clairement retranscrites et ponctuées par des interviews de Niki de Saint-Phalle. Issue d'un milieu familial conventionnel et aristocratique, cette descendante de Gilles de Rais (Barbe bleue) connut le mariage et la maternité à deux reprises, ce qui ne l'empêcha pas de critiquer et détruire artistiquement ces deux piliers de la société catholique. L'accouchement et le mariage sont stigmatisés ; le mariage est vu comme une petite mort, un processus d'asexualisation, le même que celui qui contraint la femme artiste à "s'extraire de son sexe", anéantir son statut sexuel en quelque sorte pour donner vie à son œuvre face à la critique acerbe du sexe opposé. L'objet totémique de ses assemblages plastiques est la poupée qui renvoie à la fois à l'enfance et la femme objetisée. L'enfance de Niki de Saint-Phalle fut brisée par l'inceste paternel qu'elle dénonce dans une lettre adressée à sa fille Laura en décembre 1992 (« Mon secret »). Elle ouvre ce cœur qu'on lui a crevé et, en guise d'exutoire, elle tire au fusil sur des ballons remplis de peinture qui se répand alors. Avec Hon/Elle en 1966, la femme dont le sexe est béant laisse "pénétrer" le public et va à rebours de l'accouchement. Ici, les visiteurs insufflent une énergie créatrice en fécondant l'artiste qui accouchera de son art. Tandis que les mariées de Niki de Saint-Phalle sont sans visage, fantomatiques, les nanas colorées revendiquent le statut de la femme dans la société (on pensera notamment à la « nana » dédiée à Rosa Parks).

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Les « nanas » dansent la vie (Vive l’amour, 1990) ; imposantes, elles écrasent l'homme et sa représentation (le machisme, le pouvoir). Parfois herculéennes, elles ont un corps démesuré et incarnent une transsexualité presque obligatoire chez la femme artiste. La tête, plus petite, représente le sentimentalisme et les émotions fragilisés par la sur-science et la sur-technologie. A ce niveau, on se rend compte que les revendications de Niki de Saint-Phalle sont encore d'actualité. Cette destruction du pouvoir masculin passe par la destruction corporelle de ses attributs comme ce buste antique émasculé ou cette transposition de l'amant en Saint Sébastien. Mais ces « nanas » ne sont pas des féministes assoiffées de vengeance et prêtes à en découdre avec l'omnipotence masculine, mais plutôt des intellectuelles : Caroline Herschel, astronome ; Charlotte Buff-Kestner, grand amour de Goethe ; Sophie de Hanovre, princesse.

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Un réseau féminin se forme autour de Niki de Saint-Phalle, une sorte de solidarité féminine qui nous amène à la sculpture Promenade du dimanche (1971) où un couple promène une araignée en laisse, animal totémique cher à Louise Bourgeois (1911-2010) renvoyant à la figure maternelle ad infinitum.