La Renaissance italienne fut le théâtre de l’humanisme, de l’individualisme et de l’affirmation de l’artiste. Pour les femmes, restées derrière le rideau, ce fut une période où elles devinrent les spectatrices de leur vie, n’ayant pour unique rôle que celui d’épouse modèle. Commença une "lutte" artistique où discours misogynes s’opposèrent aux discours philogynes. Une trattatistique qui émergea dès l’Antiquité avec la Historia Naturalis de Pline l’Ancien citant les premières femmes artistes, bien avant les incontournables Vies de Vasari (1550). Si Leon Battista Alberti prône le rôle de procréatrice, les femmes aspirent à celui de créatrice tout court. La ville de Bologne devint ce centre identitaire dédié à la création féminine où émergèrent de nombreuses artistes telles que Properzia de’ Rossi, Lavinia Fontana, ou plus tardivement Elisabetta Sirani. ABologne, microcosme de la peinture féminine, ou bien Elisabetta Sirani, femme d’exception ? Peindre pour vivre ou vivre pour peindre ? Probablement les deux ! La création fut une évidence pour cette fille de peintre née en 1638 et morte à seulement 27 ans, en 1665. S’imposer, non pas en tant qu’artiste, mais en tant que femme, peindre au delà des mots pensés par les hommes, pour les hommes. Les lois étaient telles que les femmes n’avaient pas accès à la culture. Pourtant, un mythe se créa autour de cette femme peintre au "pinceau vif" : elle pouvait esquisser une toile en une heure. Son arme fut son pinceau et sa plus belle plaidoirie fut l’œuvre qu’elle laissa, soit environ 200 tableaux en 10 ans. Comment s’imposer en tant qu’artiste indépendante, trouver un juste milieu entre monacale ou courtisane ? Griselda Pollock a justement souligné que si l’on pouvait parler de "vieux maîtres", l’expression "vieilles maîtresses" avait une toute autre connotation : les femmes sont "catégorisées" par leur statut sexuel, et non social. Mais le sexe "faible" était-il si faible que ça ?

 

Barbara Sirani, Portrait d'Elisabetta Sirani, Pinacothèque de Bologne

 

 

 

Le Regardeur, numéro 4, juin 2009, pp. 15-25.