Artemisia Gentileschi (1593-1653) défraya la chronique de son temps ; violée, bafouée, elle dut se justifier devant un tribunal misogyne n’ayant pour seul objectif que de lui faire avouer un acte sexuel consenti. Une dure réalité pour cette jeune femme de dix-sept ans qui vit sa réputation entachée avant d’être mise à l’index, d’où un repli sur soi inévitable et une fuite à la fois géographique et psychologique. Son arme la plus aiguisée fut son pinceau et son premier tableau florentin retrace son sacerdoce : sous nos yeux, le récit d’un drame, celui d’un viol commis par Agostino Tassi, le professeur d’Artemisia et ami de son père. Un cri de désespoir, une mise en scène machiavélique orchestrée par une héroïne biblique, une femme forte : Judith[1]. La toile devient le lieu intime et clos du récit, un langage pictural reliant l’histoire religieuse à l’histoire personnelle. Aliénation de l’être face à sa condition, exacerbation des sentiments, l’histoire d’une femme artiste se tisse à travers les fils de l’Histoire pour se libérer des chaînes de l’injustice et du jugement.  Partagée entre Florence, Rome et Naples ; mariée puis divorcée ; libre et courtisée, Artemisia Gentileschi géra son commerce d’une main de maître, sous les critiques de ses contemporains.



annexe C[1]    Il s’agit du tableau Judith décapitant Holopherne exécuté vers 1620 et conservé à la Galerie des Offices de Florence.

Exposition Pouvoir, gloire et passions d'une femme peintre au Musée Maillol jusqu'au 15 juillet : http://www.museemaillol.com/